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La Machine Fleuve

performance sportivomusicale pour 20 boîtes à musiques, 1 bicyclette et 2 interprètes - 2014
durée : 1h20 en version concert / plusieurs heures en version performance


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LA MACHINE FLEUVE est un concert, c'est aussi une performance, mais ce n'est pas du théâtre, ni de la danse, par contre c'est du sport, c'est une bicyclette, et c'est des chaines, des pignons, une poulie, une courroie, c'est un mur amplifié, c'est 20 boîtes à musique jouant des cartons perforés, c'est écrit et interprété mais c'est improvisé, c'est des micro-intervalles, des pixels sonores, des notes tenues et c'est des battements vibratoires, c'est un cycliste et un manipulateur de cartons perforés, c'est 80 minutes et ça peut aussi être plusieurs heures en accès libre, c'est 500 cartons perforés de 65 000 trous, c'est franco-russe, c'est de la musique.

La Machine Fleuve est née de ma rencontre inattendue du compositeur russe Boris Filanovsky à Saint-Pétersbourg en 2010. J'exposais Dropper01 dans le cadre de l'Année France Russie, il était (est) le créateur et directeur artistique de eNsemble, l'ensemble de musique contemporaine à Saint-Pétersbourg. Nous avons voulu travailler ensemble et l’avons fait.

Ainsi, après quelques séances de
travail exploratoires dans mon atelier du salon à Toulouse, nous avons esquissé un projet qui offrait à chacun liberté d’écriture et confrontation des univers :
un concert de componiums entrainés par une bicyclette...

C'est en juillet 2014, en résidence au
Théâtre le Hangar, que nous avons créé La Machine Fleuve. Boris composait la musique et faisait des milliers de trous dans des cartons (près de 65 000 trous dans 500 cartons), pendant que je construisais notre lutherie pour 20 componiums et 1 bicyclette, et définissais la scénographie, l'éclairage et la mise en espace.
Lutherie et composition étant intimement liées, les échanges étaient incessants et nos matières de travail se nourrissaient l'une l'autre.




En tant que compositeur, Boris déclare "qu'une boîte à musique est un piège sémantique. C'est un instrument qui n'est pas destiné à la musique en tant que telle, mais à des souvenirs de musique, un jouet qui met à égalité Ode à la joie et Ach mein lieber Augustin", un instrument terriblement chargé de sentimentalisme séducteur et aguicheur. Aussi, il a tout de suite mesuré la rigidité de l'instrument : la vitesse de répétition d'une même note est limitée par des contraintes mécaniques et par la taille des perforations, et il n'y a aucun contrôle, ni du volume sonore, ni de l'attaque (pianissimo / fortissimo), ni du sustain (durée d'une note : pas de différence sonore entre une croche et une noire), ni du release (manière et durée d'arrêt du son, comment il diminue et s'éteint)... bref c'est un "non-instrument". Mais c'est justement cela qui l'a enthousiasmé, parce qu'il "aime que la matière de composition présente une résistance"...

En découvrant qu'Arno pouvait réaccorder chacun des componiums, Boris a trouvé sa solution. Il a réalisé qu'un ensemble de componiums pouvait être abordé comme un unique instrument (plutôt qu'une accumulation d'instruments), et qu'il pouvait ainsi neutraliser le piège du sentimentalisme aguicheur des boîtes à musique et en retourner les contraintes instrumentales. Une solution remarquablement élégante et pertinente, témoignant de sa compréhension intime de l'instrument qu'Arno lui proposait.

La solution était donc de produire un flot de notes (d'où le titre La Machine Fleuve) avec 12 componiums diatoniques, chacun d'eux étant accordé légèrement différemment (variations microtonales en 1/4 et 1/8 de ton). La répétition rapide de notes presque similaires permet ainsi :
- d'une part, de passer d'une multitude de notes répétées (une sorte de "pixel sonore"), à une note tenue calme et lente, produite par l'entremêlement de ces pixels sonores, une sorte de moyenne sonore ;
- d'autre part, d'accéder à un battement vibratoire produit par l'émission simultanée de deux (ou plusieurs) notes légèrement "désaccordées", une onde sonore nouvelle, qui semble mystérieuse, générée par le "frottement" de fréquences très proches mais différentes.

Boris travaille ainsi sa composition sur trois niveaux de perception : le pixel sonore, la note tenue et le battement vibratoire.

Parallèlement, à l'aide de manettes, il peut actionner deux quatuors de componiums chromatiques synchronisés. Ici, les cartons ne sont pas interchangeables et manipulés individuellement, ce sont des bandes de carton formant des anneaux de Möbius jouées en boucle. L'écriture est organisée de manière complètement différente. Ce sont des accords de 6 notes. Chaque componium d'un quatuor a ses propres accords et ils sont joués de manière synchronisée. En fait, c'est un autre morceau qui est joué en même temps que celui des componiums diatoniques. Cette partie est jouée de manière improvisée pendant le concert et provoque des "événements sonores", une sorte de contrepoint.

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Sur scène, Boris manipule les cartons selon un principe précis, écrit et évolutif. Des séries de cartons perforés (identifiées par un code de numéraux et de couleurs) sont destinées à être jouées dans tel ou tel ordre. Autorisant de réelles possibilités de jeux et d’interprétations, la manipulation des cartons est ici exploitée avec pertinence, et ce dès la conception de la partition. En même temps que nécessité musicale, ce jeu produit aussi des événements scéniques inattendus (manipulation et chute des cartons).
Arno, devenu cycliste, intervient sur le tempo de l’ensemble des componiums. Sa partition lui donne des indications de vitesse (fréquence de pédalage, vitesse du vélo et vitesse de rotation des componiums) en corrélation avec la partition musicale. Ces indications sont ouvertes à interprétation, de sorte qu'il peut, tel un chef d’orchestre, étirer ou contracter cette entité musicale multicouche, lui faisant subir à diverses reprises des anamorphoses temporelles.

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Descriptif :
- sur un mur/panneau résonnant sont fixés 8 componiums chromatiques à 30 notes et 12 componiums diatoniques à 20 notes ;
- les 12 componiums diatoniques sont réaccordés individuellement en variations microtonales (1/4 et 1/8 de ton) selon les indications du compositeur ;
- le mur/panneau est amplifié, des haut-parleurs diffusent le son ;
- une bicyclette entraîne les componiums grâce à un ensemble de poulies, chaînes et pignons ;
- des cartons spécialement perforés passent dans les componiums qui jouent les notes perforées. Un carton peut être introduit dans le sens normal ou inversé (début/fin) ou retourné (grave/aigu). Ils peuvent être joués en boucle et passer dans plusieurs componiums à la suite ;
- au fur et à mesure, les cartons déjà utilisés s'entassent au sol.

Deux versions sont possibles :
- le concert, d'une durée d'environ 1h20 ;
- la performance, d'une durée variable de plusieurs heures, où le public peut entrer et sortir à sa guise, et pouvant être envisagée en extérieur.

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conception, réalisation, lutherie, mise en scène et interprétation (cycliste) > Arno Fabre
composition et interprétation (manipulateur de cartons) >
Boris Filanovsky
chargée de production > Fabienne Lagrange
production et diffusion >
c15d - licences d'entrepreneur de spectacles n°2-1040173 et 3-1040174

La Machine Fleuve est soutenue par la Ville de Toulouse, la Région Midi-Pyrénées et par le Théâtre Le Hangar.
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